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Benoît Delbecq - SEXTANT#2 |
"Je vais chercher comment ne jamais avoir deux fois la même écoute d’un morceau."
Le rapport à la vitesse, la superposition des vitesses, c’est essentiel dans ton travail ?
Ce n’est pas l’obsession que les choses soient superposées à tout prix, car l’important est que ce soit réalisé avec du timbre, c’est là où ça m’intéresse vraiment. Cela créé une situation d’écoute où je choisis intuitivement ou non la relation à la pulsation. Je vais chercher comment ne jamais avoir deux fois la même écoute d’un morceau. Un peu comme un texte ou poème qu’on peut relire, dans lequel on retrouvera toujours des choses différentes. Donc, il y a ce gouffre-là qui me plaît. C’est poétique pour moi, d’avoir à faire ce choix. C’est une relation forte au relief dans la musique, finalement. Je cherche dans cette direction…
Tu utilises des livres dans ton travail ?
Oui, mais pas directement, bien que mon parcours soit jalonné par des livres. Récemment j’ai participé à une lecture avec Josée Lapéreyre, Michelle Grangaud, Liliane Giraudon et Anne Portugal, à Bordeaux, avec des projections de mots animés par le vidéaste Eric Vernhes: bien sûr dans ce cas-là on plonge complètement dans le bouquin !
Mais j’ai à une époque pas mal improvisé à la maison avec des livres ouverts sur le pupitre du piano, j’improvisais au piano en paraphrasant ce que je lisais à voix haute.
Le but, c’était de retranscrire les phrases en notes ?
C’était d’abord de prendre ces phrases comme un matériau de flux rythmique articulé mais non mesuré, brut… et d’en faire quelque chose de musical au moment où le regard passait dessus…
En fonction des points, des virgules... J’ai commencé à le faire quand j’ai “su” que Steve Lacy à l’époque, sur des textes de ses amis de la Beat generation, s’enregistrait lisant des textes et rejouait ensuite dessus à l’unisson, en essayant de trouver une articulation ad hoc au sax soprano. Des années plus tard, j’en parle avec Lacy, je lui dit tout le bien que je pense de cette idée… Et il me dit : « Mais de quoi tu parles ? – euh…tu n’as pas fait ça ? – Non, je n’ai jamais fait ça !” Et là j’étais abasourdi parce que ça avait orienté toute une partie de mon activité de recherche, plusieurs années même ! Ça m’avait vraiment marqué de façon durable, voire définitive. Je le croyais évidemment très à même de mener une telle recherche, l’ayant vu faire tant de choses “voisines” avec des poètes, des danseurs… On s’est bien marré ensuite avec Lacy sur cette histoire…Quoi qu’il en soit, ça m’a vraiment structuré. De là est née une passion tardive pour… le pouls de la littérature... Et une attention portée aux rythmes du langage prosodique en général, aux notions de proportion. Car dès lors que l’on manipule ça, on s’intéresse aux notions de proportion. On met plus ou moins l’accent dans ce que l’on fait et à l’écriture d’un morceau, on se trouve en position de choisir. Il m’arrive d’entendre une phrase dans la rue, d’être à l’écoute d’une radio étrangère et d’être ainsi interpellé par sa sonorité brute… J’adore écouter une personne qui s’exprime en français alors que ça n’est pas sa langue maternelle, les accents hongrois, japonais… où tout ce Lego s’est activé dans les cerveaux lorsqu’ils ils/elles ont appris leurs premiers mots de français, d’anglais etc. Les accents toniques “inexacts” sur certaines syllabes, les défauts de prononciation sont des choses que j’adore, qui musicalement m’émeuvent.
Comment se font tes choix de ceux qui portent ces textes, et quels textes t’intéressent ? Le sens le rythme ?
Le rythme du texte a son importance. C’est une des matières brutes. Mais ce que dégage poétiquement un texte, c’est au-delà du rythme. La dedans, le rythme est à mon avis une assez petit part du travail. Ecrire de la poésie c’est pour moi de la magie noire. Il y a quelque chose que je me fascine, qui me touche, c’est cette dimension du sens.
Ce qui m’intéresse dans l’écrit, dans le texte, c’est que selon le moment auquel on l’entend, ou on le lit, on ne perçoit pas la même chose. Il y a quelque chose de contrapunctique permanent à des niveaux de lectures plus vastes que la musique. En tout cas qui n’agit pas dans les mêmes régions du cerveau, avec le texte on est dans la mémoire, on est dans le sens, le conscient, l’inconscient du langage parlé. Il y a un peu de ça dans la musique mais on n’a de mots pour se le dire. Je suis toujours très ému d’entendre un texte que je trouve fort… Ça marque autrement que la musique instrumentale, voilà ! Mais le non-sens de la musique reste un précieux outil d’abstraction émotionnelle.
Quel est ton travail : supporter la voix ou changer le sens du texte ?
J’aime citer cette phrase d’Olivier Cadiot parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire de plus, à propos de nos collaborations. : “on fait un truc ensemble, et on voit. Si ça marche, on continue”. Donc après, que l’on cherche à ce que la musique transforme le texte, à la limite nous, on ne le contrôle pas. C’est la pertinence de l’écoute de l’autre qui va générer ces effets-là ou pas. Des effets de décalages ou de mise en valeur. Tous ces niveaux de perception… Ce n’est pas à moi de dire si ce que je fais est de l’art ou non. Au même titre, c’est difficile pour moi de dire que le texte va illustrer la musique ou inversement… C’est sûr que l’un et l’autre peuvent faire changer la perception de l’un et de l’autre. Mais c’est assez incontrôlable au final.
Le fait de travailler avec des textes nourrit forcément mon jeu. Non pas que je me récite des trucs dans ma tête pendant que je joue…
C’est le sens rythmique de l’écriture d’olivier Cadiot qui vous rend complice?
Qui sait ? c’est au delà je crois. Son écriture m’a grandement marqué…il y a dans son écriture une insularité inédite. C’était plus tard, bien après cette histoire avec Steve Lacy. Mais quand il y a eu notre rencontre en 97, quand j’ai découvert ses bouquins, ça m’a immédiatement et fortement touché, je me suis senti proche de son travail immédiatement. Et en plus il se jetait audacieusement dans les lectures publiques, j’avais envie de l’y suivre.
Cette idée de répétition parfois… de coupes courtes et de motifs, c’est musical
Oui, lui-même ne le contredirait pas je pense. L’idée du sampler l’a probablement aussi fait avancer dans des directions nouvelles… il a défriché à sa façon en ce domaine, sur ce qu’est la réitération par exemple, qui plus est lors de la lecture publique… un balancement, un swing du sens quoi !… Olivier pratique la lecture en public, régulièrement, ce qui n’est pas courant non plus, même si ça le redevient depuis quelque temps. Peut-être grâce à lui et d’autres d’ailleurs, Prigent, Alferi… Du coup, la résonance n’est plus la même lorsque le texte est lu à voix haute, il est projeté comme la musique et, comme au théâtre, il sort du livre.
Mais mon nomadisme dans les livres peut aussi bien se porter sur un livre traitant de l’art. Je pense notamment à un livre du musée Dapper, qui s’intitule Au fil de la parole sur les tissus kuba du Haut-Zaïre accompagné d’un texte éponyme d’Yves Le Fur. Un texte que je trouve sublime, j’ai dû improviser dessus des heures durant. Parce que le signifiant me touchait, dans la mesure où sa parole “descriptive” des tissus devenait à son tour une forme possible de poésie, et irradiait le sage savoir-faire de la confection de ces tissus… Ça a été finalement très varié.
Le rythme du langage, oui ! Ce que j’aime quand la musique est inventée collectivement, c’est que l’ on entende chacun parler une “langue” fictionnelle et la combinatoire de cette “langue” crée disons un rite social pour chaque morceau… et chaque morceau développe une possibilité d’ordre lingusitique. Je suis assez difficile en la matière…
Photo et propos recueillis par Igor Juget
Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Sextant #2 (plus de 12 pages sont consacrées à Benoît Delbecq)
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