Extraits :
Mes débuts correspondent à la grande époque des Instants Chavirés… Je jouais aussi pour des musiques de films… À l’époque, il y avait beaucoup de musiciens de séances, qui ne sont pas vraiment des créateurs ni des solistes. Et moi, depuis tout gamin, je souhaitais être soliste et c’est d’ailleurs pour cette raison que je n’avais aucune envie de persister dans la musique classique, n’ayant ni le niveau ni l’assiduité nécessaire ! Donc j’acceptais tout, mais à la seule condition qu’il n’y ait qu’un violoncelle. C’est très mégalo, j’avais la prétention que l’on m’appellerait pour moi et non pas pour avoir un violoncelle. Et ça a marché, j’ai joué beaucoup de musiques de pubs et de films, notamment avec Philippe Eidel. J’ai même interprété des solos sur des disques d’Indochine ! J’ai découvert une manière de travailler que je n’imaginais pas… Et des moyens financiers et techniques qui me paraissaient considérables ! Mon travail avec les Rita Mitsouko a également été très enrichissant. On a passé dix jours à monter le programme du projet acoustique. Chichin a véritablement créé un son ! Et parallèlement, je continuais mon petit bonhomme de chemin… On a monté le Pendulum Quartet avec Julien Lourau, Benoît Dunoyer de Segonzac (contrebasse) et Daniel Garcia Bruno (batterie), juste avant le Groove Gang… Julien m’impressionnait à l’époque, il est plus jeune que moi et savait déjà exactement ce qu’il voulait… On était très proche, on est parti ensemble à New York. En 1992, on a fait une tournée ensemble en Afrique qui m’a beaucoup marqué, ça a orienté le quartet vers une musique plus jungle, « elingtonnienne ». Un quartet sans piano. Julien a d’ailleurs monté le Groove Gang juste après. J’ai également écrit des morceaux inspirés par l’Afrique, l’un d’eux a même été repris par Julien dans son Groove Gang. Chaque fois que je me rends sur ce continent, j’ai l’impression de revenir un peu plus grand ! Je sens là-bas l’essence de la musique que l’on joue… Ce qui est bien, c’est que nous, les musiciens européens, possédons cette culture classique : Bartók, Messiaen… que l’on « réinjecte » dans le jazz… Mais la base même, les tripes, sont en Afrique. Ce n’est pas seulement dans la musique, c’est dans les gens, la vie… Puis j’ai une petite période à vide d’un an ou deux… Mon parcours personnel a toujours été très lié à ma vie sentimentale…
Cet intérêt pour l’électronique ?
L’électronique m’a toujours intéressé, depuis l’époque de Quintet Orange. Avec les machines de Nicolas Mizrachi, on avait monté un studio et un collectif électro qui s’appelait Baden-Baden. Si aucun album n’est jamais sorti de ce studio, on expérimentait plein de choses. C’est un excellent ingénieur son qui a enregistré Translucide et Fitting Room. L’électronique reste pour moi une expérience live et éphémère. En Angleterre, j’ai rencontré des personnes vraiment impliquées dans cette recherche, qui développent les techno box (des simulateurs analogiques). Je ne conçois pas d’explorer cette musique autrement qu’en travaillant directement avec eux, en m’installant un an à Bristol, avec mon univers, mon violoncelle, mes partitions et mes créations. S’essayer à l’électronique pour « faire jeune », ça n’a aucun intérêt, il faut être authentique ! La musique électronique me semble presque folklorique avec ses codes, comme la musique africaine, cubaine… Il faut être complètement dedans, tout comme pour la musique que je joue.
Le public modifie ta manière de jouer ?
Oui, c’est différent à chaque fois ! Par exemple, avec le public africain, c’est génial, il est là pour se faire plaisir, pour réagir. Ils n’attendent pas la fin du solo pour applaudir, ils réagissent pendant ! Avant les concerts, j’aime me glisser derrière le rideau pour écouter le son de la salle. Et je sais devant quel genre de public je vais jouer… Le public calme, qui attend, le mouvementé qui bouge, qui commence à s’agiter, c’est très excitant ! En Allemagne, chaque petite ville est dotée d’une salle de concert et le public répond toujours présent ! Les gens se rendent aux concerts… il y a une vraie écoute, une vraie attention. Le public en Italie me paraît en général très sensible, il est là pour avoir des émotions, même si ça diffère entre le sud et le nord. C’est souvent en France que j’ai affaire à un public blasé. J’ai eu la chance d’avoir beaucoup joué et pratiqué de nombreux publics.
Propos recueillis par Igor Juget
Dessin : Damien Panerai
Retrouvez l'intégralité de cette interview dans Sextant #3
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